Baromètre SP2C 2026 : une étude de référence, et trois idées pour prolonger la réflexion

September 10, 2026
par
Sylvain De Ly
Article
Stratégie & Vision
Voix du terrain
IA & Automatisation
Data & Insights
5 min de lecture 

Le SP2C et EY viennent de publier l'édition 2026 du baromètre de la relation client externalisée : « IA et Relation Client externalisée : vers une performance augmentée ». 48 pages, 78 répondants, 12 témoignages d'adhérents, des points de vue d'experts et une méthodologie transparente.

Commençons par là : c'est un travail remarquable. Ce baromètre est, année après année, la seule photographie chiffrée et rigoureuse du secteur en France. Dans une filière où tout le monde a un avis sur l'IA, disposer de données consolidées (CA par canal, par activité, par zone, effectifs, rémunérations, formation) est un service rendu à toute la profession. Merci aux équipes d'EY Consulting et au SP2C pour ça.

Thierry Spencer en a fait une excellente lecture sur son blog Sens du Client, qu'il résume d'une formule : le secteur ne bascule pas de l'humain vers la machine, il bascule du volume industriel vers la valeur relationnelle. Je partage cette lecture.

Il y a quelques semaines, je publiais ma propre analyse de la recomposition du secteur, un an après mon premier texte. En croisant les deux, je retiens trois choses : ce que le baromètre confirme de ce que nous voyons sur le terrain, un signal qui me touche particulièrement, et trois idées complémentaires pour prolonger la réflexion en allié de la filière, parce qu'on améliore ce que l'on mesure, y compris nos grilles de lecture.

Ce que le baromètre confirme

1. La bascule du volume vers la valeur n'est plus un discours, c'est un fait de marché.

Le marché recule de -1,4 % à 3,5 milliards d'euros, première rupture depuis 2021. Dans le même temps, 56 % des grands donneurs d'ordre confient désormais leurs clients premium aux outsourceurs (+8 points en un an). Moins de volume, plus de valeur confiée : c'est exactement la « recomposition » que je décrivais. Les témoignages de l'étude convergent tous vers la même idée : le modèle volumique laisse place à une économie de la valeur.

2. L'écart entre le discours IA et la réalité économique est enfin chiffré.

C'est pour moi LE chiffre de cette édition : 90,4 % du chiffre d'affaires du secteur est encore porté par des conseillers humains sans IA. Les agents IA pèsent 8,7 %. Les agents hybrides, le fameux « conseiller augmenté » dont tout le monde parle : 0,9 %.

Dans mon article, j'écrivais que l'écart entre les slides « AI at scale » et le compte de résultat était devenu le vrai sujet du secteur, et que la médiane réelle de déflexion (41,2 % selon les données Zendesk) était à trente points des promesses des éditeurs. Le baromètre apporte la contre-preuve côté BPO : l'augmentation du conseiller est partout dans les témoignages, presque nulle part dans les comptes. Ce n'est pas une critique des acteurs, c'est la mesure honnête d'une transformation qui commence à peine.

3. L'humain tient, à condition d'être accompagné.

Effectifs à -3,6 %, mais 84 % de CDI, rémunérations à +5 % pour la dixième année consécutive au-dessus du SMIC, formation continue à +20 %. Cela rejoint ce que Gartner mesurait côté donneurs d'ordre : 91 % des responsables service client se sentent sous pression pour déployer l'IA, mais seulement 20 % ont réellement réduit leurs effectifs. Le témoignage d'Angélique Gérard (STEM Academy) mérite d'être encadré dans tous les comités de direction : « Une IA sans formation, c'est un stress test grandeur nature… pour les équipes. » La « fatigue d'adaptation » qu'elle décrit, nous la voyons chez nos clients régulièrement.

Le signal qui me touche : quand un donneur d'ordre place l'analyse conversationnelle au centre

La conclusion du baromètre est signée David Marino, Directeur de la Relation Client d'Oscaro.com et je le dis avec d'autant plus de plaisir qu'Oscaro est client de FEEDAE.

Ce qu'il écrit résume tout ce que nous défendons : le speech analytics jouera « un rôle central pour analyser les vraies questions des clients, détecter les freins à la conversion et identifier les produits qui nécessitent davantage d'explication ». Et surtout : comprendre les motifs de contact pour « agir sur les causes profondes plutôt que sur les seuls symptômes ».

Ce n'est pas un éditeur qui le dit. Ce n'est pas un BPO qui le dit. C'est une marque, qui opère, qui mesure, et qui pilote désormais sa relation client à la qualité de résolution, à la satisfaction et à la valeur créée par interaction plus au volume traité. Les témoignages d'outsourceurs recueillis dans l'étude vont dans le même sens : analyse de l'ensemble des échanges, du motif de contact au « tone of voice », centre de contact décrit comme un « capteur de vérité du marché » où chaque interaction devient une donnée stratégique. La boucle est bouclée : la donnée conversationnelle change de statut. De sous-produit de l'exploitation, elle devient l'actif.

Trois idées pour prolonger la réflexion

Trois pistes complémentaires nourries de ce que je vois sur le terrain, que je verrais bien explorées dans l'édition 2027.

Idée n°1 : mesurer aussi le marché qui change de propriétaires.

J'ai vérifié : dans les 48 pages, aucun éditeur de logiciel, aucun acteur de l'IA vocale, aucune plateforme CRM n'est nommé. C'est logique, le baromètre mesure les adhérents et le marché des outsourceurs, c'est sa vocation et il la remplit très bien. Mais pendant que le périmètre mesuré recule de -1,4 %, les volumes, eux, ne disparaissent pas : ils migrent.

Quelques ordres de grandeur pour situer ce qui se joue hors du cadre. Salesforce a racheté Fin (ex-Intercom) pour 3,6 milliards de dollars et son offre d'agents IA Agentforce dépasse 1,2 milliard de dollars d'ARR en croissance de +205 %. NICE a mis 955 millions sur Cognigy.

Le marché mondial des agents vocaux IA est estimé autour de 5 milliards de dollars début 2026, en croissance de près de 50 % par an, et certaines études sectorielles estiment que la part de l'IA vocale dans les flux entrants des centres de contact est passée d'environ 6 % à près de 20 % entre 2024 et 2026. Gartner prévoit que d'ici 2027, 25 % des interactions de service client commenceront dans un agent GenAI (contre moins de 5 % aujourd'hui), et que d'ici 2029, l'IA agentique résoudra de façon autonome 80 % des demandes courantes. Everest Group, de son côté, anticipe une restructuration fondamentale du marché BPO sous 18 à 24 mois, avec une bascule des contrats à l'heure vers des contrats à la résolution : une interaction traitée par IA se facture aujourd'hui 0,80 à 1,40 dollar, contre 2,50 à 5 dollars pour une interaction humaine.

Des demandes résolues de bout en bout, nativement dans les outils, facturées à la résolution : ce sont des flux qui, hier, étaient facturés à l'heure par un plateau. Le baromètre en porte d'ailleurs la trace sans la commenter : tchat -33 %, web call back -38 %, SMS -53 %. Ces flux ne s'évaporent pas, ils sont absorbés par du selfcare et des agents IA qui ne transitent plus jamais par un prestataire. Une partie de la baisse du marché n'est donc pas conjoncturelle : c'est un transfert de valeur vers des acteurs hors périmètre. D'où mon idée pour 2027 : un volet dédié aux flux captés par les agents IA natifs, et pourquoi pas des témoignages d'acteurs technologiques comme le baromètre a eu l'excellente idée d'inviter un donneur d'ordre cette année.

Un contrepoint honnête, que je tiens à citer parce qu'il nuance ma propre thèse : Gartner prévoit aussi que plus de 40 % des projets d'IA agentique seront abandonnés d'ici fin 2027, et que le coût par résolution en GenAI dépassera 3 dollars d'ici 2030, plus cher que bien des agents humains offshore. La migration des flux est réelle, mais elle n'est ni linéaire, ni gratuite. Raison de plus pour la mesurer.

Idée n°2 : compter en conversations, pas seulement en euros.

Les 8,7 % d'agents IA sont exprimés en CA. Or une interaction automatisée se facture plusieurs fois moins cher qu'une interaction humaine, les fourchettes d'Everest Group citées plus haut suggèrent un rapport de 1 à 3, voire de 1 à 5. Mécaniquement, à 8,7 % du CA, la part des interactions réellement traitées par l'IA est bien supérieure. Le baromètre mesure des euros, c'est la bonne mesure pour l'économie de la filière. Ajouter la répartition en volume d'interactions donnerait une seconde lecture, complémentaire, de la transformation réelle. D'autant que Gartner prévoit que d'ici 2028, plus de la moitié des organisations de service client doubleront leurs dépenses technologiques, sans réduction équivalente des effectifs : la valeur se déplace vers la technologie plus vite que les volumes humains ne baissent. Compter les conversations permettrait de suivre ce déplacement en temps réel.

Idée n°3 : documenter l'IA qui mesure, pas seulement l'IA qui traite.

Nulle part dans l'étude on ne trouve d'indicateur sur la part d'interactions analysées, l'adoption du speech analytics ou l'automatisation du quality monitoring alors même que les témoignages en font l'avenir du métier. Rappel des ordres de grandeur du marché : 92 % des centres de contact déclarent un programme qualité, mais la revue manuelle couvre 2 à 5 % des interactions. Plus de 95 % des conversations ne sont jamais analysées.

Le secteur s'apprête donc à arbitrer humain/IA, l'arbitrage le plus structurant de son histoire sur la connaissance de quelques pourcents de son terrain. J'ajoute une question que personne ne pose encore : qui évalue les conversations des bots ? Si un voicebot traite demain 30 % de vos flux, avec quelle grille l'audite-t-on ? La QA des agents IA est à mes yeux l'un des grands chantiers des 24 prochains mois, et j'aimerais beaucoup voir le baromètre commencer à la suivre.

En conclusion

Ce baromètre 2026 est un jalon : il documente, chiffres à l'appui, la fin du modèle volumique et l'entrée du secteur dans l'économie de la valeur. Il faut le lire, et il faut saluer le travail du SP2C et d'EY.

Mes trois idées sont, au fond, les questions de la prochaine édition. Mesurer les flux qui migrent hors du périmètre. Compter en conversations, pas seulement en euros et outiller la seule discipline qui rend tout le reste pilotable : l'écoute exhaustive de ce qui se dit, chez les humains comme chez les machines.

Je vous invite à lire Le baromètre complet est disponible sur le site du SP2C.